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création d'une sculpture avant photos 2004

Intitulée « Cerveau sous influence, conscience mutante », la seconde rencontre du cycle mensuel  tente de répondre à la double problématique : de quoi sommes-nous capables avec notre cerveau et à quoi s'attendre dans le futur ?

Dominique Babin, la TMS
Avec optimisme, la spécialiste de prospective sociale et auteur du célèbre PH1, Manuel d'usage et d'entretien du post-humain (2004, Flammarion) s'intéresse aux phénomènes émergents — ceux susceptibles, du jour au lendemain, de connaître un développement exponentiel ou au contraire de tomber dans l'oubli…

D'ores et déjà, plusieurs chercheurs réussissent à scientifiquement représenter nos pensées : ils posent un casque sur certaines zones du cerveau et étudient les décharges électriques émises.
Depuis peu, certains de ces experts se lancent dans la Stimulation Magnétique Transcrânienne (TMS) : un procédé imaginé pour désolidariser certaines zones du cerveau (donc capable de déterminer quels sont les muscles commandées par les ses différentes aires) et prendre le contrôle de la conscience par le biais d'interfaces. Parmi les principaux appareils disponibles sur le marché : l'Octopus.

En modulant les fréquences, la TMS permet soit d'inhiber le cerveau (via des fréquences faibles) soit, au contraire, de l'exciter (par le biais de fréquences élevées). Elle offre la possibilité de soigner certains traumatismes (parer aux sensations de membre fantôme après une amputation...), calmer les insomnies chroniques et, selon Fred Snyder, soulager les autistes kanners (« les idiots savants »)… Le principe : bénéficier de compétences en en enrayant certaines autres, dissoudre le moi lorsque le patient est trop absorbé par une émotion. Est-ce là le médicament du futur ?

Parrallélement, en 1997, quelques chercheurs mettent au point la neurothéologie : une discipline affirmant que la conscience de soi s'efface lorsque certaines zones sont touchées (les amygdales du cerveau et les lobes pariétaux). Les personnes affectées connaissent alors des visions mystiques — résultat auquel parvient également la TMS.

Particulièrement encourageants, ces théories enthousiasment les scientifiques de nombreuses disciplines :
— En 2005, Sony dépose un brevet sur la possibilité de télécommander le cerveau par écran d'ordinateur ou via la TV . Une invention prophétique ?
— Avant la Guerre du Golfe, l'armée américaine réfléchit sur les « guerres de faibles intensité », avec comme principales problématiques : comment créer des fossés entre les classes et ainsi générer des émeutes ? Comment endormir l'adversaire, lui transmettre des suggestions, effacer des informations dans sa tête ? Le 21 juillet 1994, le Secrétaire américain à la Défense William J. Perry publie officiellement une circulaire sur les armes non-létales et le contrôle des foules…

Le développement de la TMS tranformera très certainement en profondeur la société :
— Aura-t-on toujours besoin de la réalité ? Cela n'est pas sûr… Notre cerveau deviendra certainement un écran multidimensionnel sur lequel il sera possible de projeter ses rêves (état proche de l'hypnose). On pourra créer des « faits émotions » (non incarnés dans le vécu), obtenir un cerveau parfait (parallèle à faire avec les bodybuilders qui développent isolément leurs muscles) et négliger la valeur du travail (connaître les choses sans les apprendre deviendra banal).
— On assistera également, sans doute, au développement de l'industrie de l'émotion — adaptée au nouveau « capitalisme de souhait » : refusant le fétichisme et vantant les vertus du zap permanent — tant au niveau de la consommation que sur le plan comportemental (ex. la tendance du « serial kissing »).

Catherine Malabou, l' « érotisation du cerveau »
Aux yeux de Catherine Malabou (maître de conférences en Philosophie à l'université de Paris-X Nanterre), le discours neuroscientifique apparaît actuellement comme l'idéologie dominante. Il ne distingue plus les pulsions sexuelles des autres et prône une « érotisation du cerveau », perçu comme un « sexe ». La faculté de jouir serait ainsi contenue dans nos neurones, synapses….

Diverses recherches sur la « biologie des passions » émergent et vantent un « plaisir cérébral » (une idée nouvelle et inconcevable dans les théories de Freud, Lacan…). Le plus souvent, ces révélations ne sont que des inepties ; ex. le désir est dans la tête, la sexualité n'est qu'un des aboutissements du désir, l'orgasme n'est qu'une séquence épileptique…

Quelques réflexions liées à la médecine :
— Le cerveau n'est plus perçu comme un banal « organe », mais bel et bien comme un « organisme ». Pour l'améliorer, nous sommes, de plus en plus souvent, invités à absorber des médicaments : dopamine…
— En plus d'être à la source des affects, le cerveau apparaît comme étant au centre des addictions (drogues, somnifères, alcool…). Aussi, on étudie aujourd'hui les dépendances comme des affectations du cerveau.
— Lorsqu'une lésion altère la partie préfrontale, des changements de personnalité sont susceptibles d'apparaître. La victime devient quelqu'un d'autre car elle perd ses désirs ; on la classe alors comme « émotionnellement froide ».

Et d'autres propres à la vie sociale :
— La criminalité (la violence sociale) est de plus en plus souvent perçue comme une perte de désirs.
— La libération sexuelle se double d'une normalisation biologique. Dans La Recherche (2004), on apprend que la monogamie est due à deux hormones du cerveau : la vasopressine et l'ocytocine.

En conclusion, Catherine Malabou reconnaît que ces théories sont certes critiquables, mais néanmoins fascinantes, car démystifiantes